Et si on mesurait enfin la qualité de la cogestion ?

Les entreprises sont évaluées selon des dizaines d’indicateurs financiers et extra-financiers tels que la croissance économique, la productivité, la rentabilité, les émissions de CO2 ou encore la satisfaction des clients.

Pourtant, un élément essentiel de leur réussite reste largement invisible : la qualité de la cogestion. Et malheureusement ce qui ne se mesure pas est trop souvent relégué au second plan.

Or, le dialogue social ne doit pas être considéré comme une simple obligation légale car il constitue un véritable facteur de compétitivité, d’innovation et de résilience.

Pourquoi donc ne pas le mesurer ?

Cette idée n’est pas nouvelle.

En Allemagne, la Hans-Böckler-Stiftung, par l’intermédiaire de son Institut pour la codétermination et la gouvernance d’entreprise (Institut für Mitbestimmung und Unternehmensführung, IMU), a développé pour l’Allemagne l’indice de cogestion (Mitbestimmungsindex, MB-ix).

Cet indice scientifique démontre que les entreprises dans lesquelles la codétermination est forte présentent généralement une gouvernance plus équilibrée, une meilleure capacité d’adaptation et une plus grande stabilité dans les périodes de crise. Les travaux de l’IMU confirment la thèse : associer les salariés aux décisions ne ralentit pas l’entreprise, mais au contraire, améliore le plus souvent la qualité des décisions retenues.

Et donc, pourquoi ne pas créer un Indice de cogestion au Luxembourg ?

Le Luxembourg dispose d’une longue tradition de dialogue social, de concertation entre employeurs, salariés et pouvoirs publics. Une telle culture constitue l’un des fondements de la stabilité économique qu’il importe non seulement de préserver mais également et surtout de cultiver et de développer.

Les conditions sont réunies pour franchir une nouvelle étape dans le développement du dialogue social : la création d’un Indice national de cogestion.

Un tel Indice aurait pour vocation d’évaluer, de manière objective et transparente, la qualité de la gouvernance participative dans les entreprises, dans les établissements hospitaliers, dans les institutions sociales, dans les administrations publiques et dans les communes.

Il ne s’agirait pas d’un classement récompensant les bons, respectivement punissant les mauvais élèves. Non, l’objectif serait d’offrir un véritable outil d’amélioration continue.

Cet Indice pourrait s’articuler autour de différentes dimensions telles que :

  • la qualité du dialogue social ;
  • la participation effective des salariés aux décisions ;
  • la transparence en matière de gouvernance ;
  • le développement des compétences et de la formation continue ;
  • l’innovation participative ;
  • la qualité de vie au travail ;
  • la responsabilité sociale et environnementale ;
  • et autres.

Chaque dimension pourrait être évaluée selon des indicateurs objectifs, pondérés par un comité scientifique indépendant associant universités, partenaires sociaux et experts internationaux.

L’indice pourrait ensuite être intégré dans les rapports environnementaux, sociaux et de gouvernance des entreprises, dans les rapports de résilience, voire jouer un rôle déterminant lors des certifications/labellisations ayant trait à la Responsabilité sociale des entreprises.

Les bénéfices seraient multiples :

  • pour les entreprises, il deviendrait un outil de management moderne permettant d’identifier les marges de progression ;
  • pour les salariés, il constituerait une reconnaissance concrète de leur contribution à la création de valeur au sein de leur entreprise ;
  • pour les investisseurs, il fournirait un indicateur supplémentaire de gouvernance durable et de résilience ;
  • pour les pouvoirs publics, il représenterait un instrument d’évaluation des politiques de dialogue social ;
  • et pour les partenaires sociaux, il offrirait un langage commun fondé sur des données objectives plutôt que sur des perceptions.

Le Luxembourg pourrait devenir une référence européenne en matière de gouvernance participative, renforçant par ce biais son attractivité au niveau européen, voire international.

L’Indice de cogestion pourrait être développé par un consortium réunissant les partenaires sociaux, les universités, les instituts de recherche et les ministères concernés (Ministère du Travail, Ministère de l’Economie, …). Une phase pilote permettrait d’expérimenter le modèle auprès d’entreprises volontaires avant une diffusion plus large.

En guise de conclusion, il convient de souligner que la véritable richesse d’une entreprise ne réside pas, et par ailleurs n’a jamais résidé, uniquement dans son capital financier. Elle réside dans la confiance qu’elle inspire, dans l’intelligence collective qu’elle mobilise et dans la capacité de TOUS ses salariés à construire ensemble des décisions durables et viables.

Le Luxembourg a souvent su innover en matière de dialogue social. Mesurer cette innovation serait une réelle avancée économique… et démocratique.